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Une conversation avec le calligraphe français Laurent Rébéna

Après trente-sept ans de congrès internationaux de calligraphie, Rendez-vous est fier d’être le tout premier congrès offrant une sélection de cours en français. Et aujourd'hui, nous sommes ravis de vous présenter un autre de nos instructeurs francophones, Laurent Rébéna. Laurent est originaire de France et a été formé au Scriptorium de Toulouse. Il est l'auteur de trois livres, a exposé son travail dans toute l'Europe et est l'un des fondateurs de Calligraphis à Paris. Laurent donnera un cours de cinq jours sur les cursives romaines, entièrement en français! Continuez à lire pour notre article, où Laurent partage son amour des scripts historiques et plus encore. click here.

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Où avez-vous grandi et qu'est-ce qui a suscité votre intérêt pour les lettres ?

J’ai grandi en banlieue parisienne, à Colombes. Lors de plusieurs treks dans l’Himalaya (Ladakh, Népal et Himashal Pradesh), j’ai découvert les murs mani. Ce sont des pierres plates sur lesquelles ont été gravées ou peintes des prières et des symboles bouddhistes. La présence de ces signes puissants, parfois en zone désertique, m’a fasciné. De retour de ces voyages, sachant qu’il serait difficile de comprendre des cultures si différentes sur le plan artistique, je me suis intéressé à l’équivalent pour notre culture occidentale : la calligraphie. J’étais à l’époque charcutier spécialisé dans la décoration culinaire. La calligraphie m’a semblé la pratique artistique la plus proche de mon évolution dans ce métier. J’ai donc commencé la formation au scriptorium de Toulouse.

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Quelle a été la première écriture que vous avez apprise et quelles sont celles qui vous intéressent le plus aujourd'hui ?

J’ai commencé par apprendre l’Antiqua, écriture humanistique de la Renaissance. Toutes les écritures m’intéressent. Je donne environ une trentaine d’ateliers par an, les thèmes sont majoritairement des écritures historiques, j’aime me plonger à chaque fois dans un document historique, faire l’inventaire de toutes les formes et réaliser un modèle ensuite décliné.

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Quels enseignants ont eu la plus grande influence sur votre travail et pourquoi ?

J’ai commencé la calligraphie au Scriptorium de Toulouse avec Bernard Arin. J’y ai appris la calligraphie et le dessin de lettres, toute ma formation en art graphique vient de là. Par la suite, j’ai suivi des ateliers avec Jean Larcher, Jovica Veljovic et Brody Neuenschwander. Grâce à mon activité, j’ai rencontré et invité des calligraphes comme Marion Andrews et Bruno Riboulot. La personne la plus déterminante fut Roger Willems, graphiste belge, professeur à l’école d’art de Saint-Luc, à Bruxelles. Son travail, sa personnalité et son humanité m’ont influencé. Il m’a initié à une utilisation particulière du pinceau chinois pour la calligraphie latine et m’a énormément fait travailler la composition. Notre rencontre fut un coup de foudre professionnel.

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Où créez-vous et comment avez-vous organisé votre atelier ? Quel est votre meilleur moment de la journée pour travailler et avez-vous des routines ou des rituels particuliers avant de commencer ?

Je travaille à deux endroits. À l’association Calligraphis, à Paris, où je donne des cours hebdomadaires et des ateliers. Je travaille également chez moi, à Bagneux, où je me suis aménagé un atelier dans le garage (je n’ai pas de voiture) qui donne sur un petit jardin. Je n’ai pas de routine particulière et je travaille toute la journée.Calligraphis in Paris, and I also work from home, in Bagneux. I’ve built a studio in the garage (I don’t have a car) that faces onto a little garden. I don’t have a particular routine and I work all day long.

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Quels sont les trois outils les plus essentiels pour votre pratique de la calligraphie ?

Il existe trois grandes sortes d’outils : les larges, les pointus et les autres. Chaque outil a ses qualités et j’essaie toutes leurs possibilités, conventionnelles ou non.

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Vous avez dit que pour vous « la pratique de la calligraphie et l’étude de l’histoire de l’écriture sont indissociables ». Quelles sont vos sources préférées sur l’histoire de l’écriture et quels documents historiques ont influencé ou inspiré votre travail ?

Mes sources historiques favorites sont les documents originaux qui sont accessibles grâce au travail de numérisation réalisé par les grandes bibliothèques, les archives, notamment communales, et les institutions telles que l’École nationale des chartes... Au début, j’ai commencé à étudier avec les ouvrages de paléographes tels que Jean Malon, Jacques Stiennon ou Bernard Bischoff. Je me suis rapidement dirigé vers la compréhension des formes plutôt que vers l’esthétique.

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Quelle a été l’un de vos contrats ou projets le plus important et pourquoi ?

La réalisation de l’accueil de l’abbaye de Villers-la-Ville en Belgique. L’abbaye a été désaffectée en 1789 lors de la Révolution française. Alors qu’elle était laissée à l’abandon, les toitures se sont écroulées, mais les murs sont restés. Ce lieu a été transformé en centre culturel avec de nombreuses activités. Il était nécessaire de recréer les espaces d’accueil. J’ai calligraphié les phrases de la règle de Saint Benoît en latin et en français dans une gothique primitive du XIIe siècle au pinceau et à la plume métallique au format définitif. L’ensemble a été imprimé et placé sur un mur de 4 m x 2,50 m. J’ai conservé les abréviations et les ligatures spécifiques à cette époque, le tout a été corrigé par un paléographe. J’ai été contacté parce que j’étais capable d’allier la technique à la justesse historique. La réalisation à l’échelle 1 était un défi technique. Ce qui m’a le plus enthousiasmé, c’était de participer à un projet qui met en scène la calligraphie dans un contexte culturel.th century with brush and edged pen. This was printed and placed on a 13 x 8 foot wall. I kept the abbreviations and ligatures specific to that period, all of which was verified by a paleographer. I had been contacted by them because they felt I was able to do justice to the historical technique. The execution at actual size was a challenge, one which I was enthusiastic about, as it allowed me to put calligraphy into a cultural context.

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Pourriez-vous partager avec nous le développement de votre cours « Les cursives romaines – Découverte et interprétation d’une écriture» ? Quelles connaissances et compétences les élèves acquerront-ils après avoir participé et comment décririez-vous votre style d'enseignement ?

L’idée de ce cours vient de ma passion pour la cursivité en général, particulièrement des cursives romaines. Ces écritures sont la source de toutes les écritures minuscules qui suivront. Après une présentation de documents historiques (papyrus, graffiti de Pompéi et tablettes de cire), nous observerons et déchiffrerons un premier document. Je fournirai ensuite à chaque participant un relevé de lettres figurant dans ce document et chacun travaillera sur une phrase en tentant progressivement de comprendre le système de ligatures. Il y a plusieurs tracés et ligatures possibles pour une même lettre et un même mot. Nous répéterons cet exercice avec d’autres cursives romaines de différentes périodes et de plus en plus complexes. À partir de ces exercices, les participants créeront, avec ces nouveaux codes et des outils divers, des compositions personnelles. Cet atelier a pour but de développer l’observation de formes inédites, de se les approprier et d’en donner une version contemporaine personnelle, tout cela à partir d’une écriture historique. Ce qui m’importe, c’est que les participants repartent avec une méthode déclinable pour de nombreuses autres écritures ; c’est une des caractéristiques de mon style d’enseignement.

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En dehors de la calligraphie, quels sont certains de vos intérêts et passe-temps ? Qu'est-ce que les gens pourraient apprendre de vous et qui pourrait les surprendre ?

La marche en montagne et le trek ne m’ont jamais quitté, j’aime lire des romans, de la bande dessinée, des essais et des ouvrages historiques. Pour la surprise, je cuisine une excellente langue de bœuf !

Laurent Rébéna

France
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