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A Conversation with French Calligrapher Julien Chazal

Originaire de l'est de la France, Julien Chazalest enseignant, calligraphe professionnel et auteur du livre Calligraphie: Le guide complet. Comptant vingt-cinq années d’expérience, Julien a travaillé sur de nombreux films, créant des lettres et des manuscrits, et sa liste de clients compte des marques telles que Chanel, Louis Vuitton, L’Oréal et Shiseido. Cet été, au Congrès, il enseignera deux cours « La Chancelière dans tous ses états »et « Calligraphie, traces et compositions  », un cours sur la composition. Poursuivez votre lecture pour en apprendre davantage sur le parcours calligraphique et sur la philosophie de Julien.

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Où avez-vous grandi et qu'est-ce qui a suscité votre intérêt pour les lettres  ?

Je suis né à Nancy, en Lorraine, dans l’est de la France. J’ai déménagé quand j’avais environ 25 ans à Paris, après une courte période aux beaux-arts. J’ai découvert la calligraphie à Metz, près de Nancy, dans une association. Nous étions plusieurs à faire une heure de route chaque mois pour travailler la lettre. Je suis passé de la vision sclérosée des beaux-arts à une franche camaraderie et à une ouverture d’esprit enthousiasmantes des cours de calligraphie. L’aspect humain, fait d’échanges et de découvertes continuelles des alphabets, était d’un attrait passionnant. La découverte du monde au fond de son atelier. C’est ce que je retiens de cette époque et que j‘essaie de faire perdurer. Il y a vraiment un esprit de la lettre et de la calligraphie. Peut-être que cette discipline se mérite, avec patience.

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Quelle a été la première écriture que vous avez apprise et quelles sont celles qui vous intéressent le plus aujourd'hui  ?

La Caroline fut la première ligne de calligraphie. Cette petite forme rondelette est très agréable à travailler. Je ne la retravaille pas souvent, mais c’est sans doute l’un des plus beaux alphabets qui soient. Depuis, j’ai fait le tour des formes à étudier, tous les modèles d’alphabets. Selon les années, j’ai mes préférences. La Capitale romaine, l’Anglaise, la Chancelière (ou Italique)... beaucoup de gestuelles en ce moment. À vrai dire, je reprends toutes ces formes suivant un schéma très artistique pour mes compositions, moins historiques ou pédagogiques.

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Quels enseignants ont eu la plus grande influence sur votre travail et pourquoi  ?

J’ai eu la chance et le privilège de croiser la route de très grands professeurs. Laurent Pflughaupt fut longtemps mon mentor. Puis, j’ai appris beaucoup de Kitty Sabatier. Des personnes comme Denise Lach, Jean Larcher ou Brody Neuenschwander m’ont beaucoup influencé. L’apprentissage en calligraphie est long. J’ai appris la lettre, la composition et la technique, mais aussi la pédagogie et la vision que chaque enseignant y met. Aujourd’hui, c’est la démarche du pédagogue et de l’artiste qui m’intéresse. Savoir recopier parfaitement une lettre n’est pas mon objectif. C’est de voir qui est derrière la lettre et la personne et comment elle l’interprète, quelle a été sa démarche, sa sensibilité et son esprit. L’art, c’est du ressenti avant tout.

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Où créez-vous et comment avez-vous organisé votre atelier ? Quel est votre meilleur moment de la journée pour travailler et avez-vous des routines ou des rituels particuliers avant de commencer  ?

La création est un travail solitaire. Personne ne peut créer à votre place. Il y faut beaucoup d’autodiscipline, de persévérance et de café. Une routine est un rythme de vie social. Après, j’essaie de changer en fonction de ce dont j’ai envie. N’oublions pas que ce métier se change en contrainte lorsque des clients font appel à nous. Nous devons être disponible. J’aime aussi travailler le soir, lorsque tout est calme.

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Quels sont les trois outils les plus essentiels pour votre pratique de la calligraphie  ?

J’ai fait le tour des outils et des alphabets. Pour les débutants, nul besoin d’utiliser 36 plumes. Une plume de marque Brause 2 mm peut faire l’essentiel des lettres. Une autre plume de 1 mm (ou Speedball C5) pour des écritures cursives ou gestuelles. Ensuite, il faut travailler en grand. Un calame est toujours très agréable, tant comme objet que pour son tracé. L’automatic-pen ou le pinceau plat ont des sensibilités qui font évoluer le tracé différemment. J’opte aussi pour un quatrième outil qui est le pinceau pointu. On n’imagine assez peu, débutant, tout ce qui est possible de faire avec.

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Est-ce que vous pouvez partager une histoire que vous aimez particulièrement d’une expérience de tournage de film, comme doublure/main ou comme formateur pour les acteurs ? Que devez-vous prendre en compte quand vous réalisez les manuscrits, lettres, etc. pour un film ?

L’univers des tournages est très intéressant. Voir l’envers du décor, les vedettes... mais c’est aussi une très grande frustration. On se met au service d’une réalisation et on ne maîtrise pas grand chose en vérité. Mais j’ai passé de bons moments, de belles découvertes. Aujourd’hui, quand je regarde un film, je ne peux m’empêcher de décortiquer les « trucs » de mise en scène ou de décors. En calligraphie, j’ai trouvé aussi des astuces pour la mise en scène. Tout se fait en fonction de l’histoire et de la position de la caméra. Si on veut un résultat lisible, il faut un tracé lent et un peu gros. Pour un personnage fébrile qui griffonne, la nervosité du style est son aspect général... C’est tout un jeu.

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Quel a été l’un de vos contrats ou projets les plus significatifs et pourquoi ?

L’un des projets les plus fous que j’ai pu faire est un travail sur globe terrestre. Un entrepreneur voulait développer cette activité et a proposé deux prototypes de sphères, 1,5​​​ m et 2 m de diamètre. Toute une équipe s’est relayée : techniciens, graveurs, doreurs. C’était un travail épuisant, stressant, qui s’est passé dans un petit atelier de Paris durant tout un été très chaud. Je m’y suis attelé, tout en ayant plusieurs boulots à fournir à côté. Je passerai les détails, mais le résultat est très « haut de gamme », impressionnant dans son ensemble, rare et audacieux et qui porte la calligraphie au-delà du simple travail personnel d’atelier. La fatigue était immense. Je ne sais pas ce que les globes sont devenus aujourd’hui. J’ai travaillé avec Laetitia Harder et Beryl Le Gallo pour la calligraphie.

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Pourriez-vous partager un peu le développement de vos classes « Calligraphie, traces et compositions » et « La Chancelière dans tous ses états » ? Quelles connaissances et compétences les élèves acquerront-ils après avoir participé et comment décririez-vous votre style d'enseignement ?« Calligraphie, traces et compositions  » et  « La Chancelière dans tous ses états » ? Quelles connaissances et compétences les élèves acquerront-ils après avoir participé et comment décririez-vous votre style d'enseignement  ?

Ce sont là deux ateliers que j’ai pas mal enseignés et qui donnent de très bons résultats. Ils sont ouverts autant aux débutants qu’aux initiés et sont une démarche globale de deux aspect de la pédagogie que j’apprécie : la technique d’un côté et la composition de l’autre. J’ai voulu faire une pédagogie évolutive en voulant faire progresser l’œil de l’élève, non pas par apprentissage classique, lettre à lettre d’un alphabet, mais par une évolution d’exercices simples et surtout pragmatiques. Par exemple, le papier peut faire évoluer le travail du calligraphe, la qualité de son trait. D’oser déchirer son travail, le remodeler pour obtenir une œuvre. Ce n’est pas évident pour personne en fait. Mais il faut savoir oser la composition. Pour ce qui est de la Chancelière (ou Italique), C’est toujours un plaisir de la (re)découvrir.

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Comment décririez-vous la communauté calligraphique en France ? Que signifie la communauté pour vous dans le contexte de la calligraphie  ?

Je fais de la calligraphie depuis à peu près 25 ans. En France, nous avons la chance d’avoir un très bon niveau de calligraphie, grâce notamment au formidable scriptorium de Toulouse de Bernard Arin, qui n’existe malheureusement plus. Il s’est passé beaucoup de choses depuis. Beaucoup d’élèves amateurs et d’associations ont continué à porter la calligraphie au fil des années. Aujourd’hui, ce qui a été la force de la calligraphie, les associations, en sont peut-être la limite. Peu de nouveaux calligraphes professionnels sont apparus récemment, comme si le métier de la lettre restait aux seins des amateurs et ne proposait pas de professionnalisme. Je pense qu’il reste encore beaucoup à faire, notamment trouver des pédagogies adaptées à des jeunes qui voudraient devenirs calligraphes professionnels.

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En dehors de la calligraphie, quels sont certains de vos autres intérêts et passe-temps ? Qu'est-ce que les gens pourraient apprendre de vous qui pourrait les surprendre ?

Je suis un touche-à-tout. Je fais aussi bien du dessin, de la sculpture, de la photographie, de la gravure sur métal ou gravure lapidaire... je n’ai jamais compris pourquoi il faudrait se restreindre à un sujet, une seule pratique, un seul point de vu. Je sais que c’est personnel. J’ai toujours été comme ça. J’aime découvrir ce que je ne sais pas encore. Mais il est parfois difficile de garder son enthousiasme intact. Je ne saurais pas dire ce qui peut surprendre les autres. L’avenir nous le dira. Pour ma part, je recherche des projets qui me fassent vibrer et rêver.

Julien Chazal

France
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