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A Conversation With French Calligrapher Benoit Furet

D’origine bretonne, le calligraphe français Benoit Furet voue un amour profond pour les livres et le Moyen Âge. Il écrit « Je donne une grande importance au texte et j'essaie dans la mesure du possible de calligraphier les textes dans leur version originale, ne me reportant à la traduction que lorsque la langue d'origine n'utilise pas les caractères latins. » En plus de sa calligraphie, Benoit est également connu pour ses nœuds celtiques et ses filigranes complexes. Il enseignera un cours de cinq jours intitulé «  Filigranes et tourneures de la période gothique», un cours qui s'inspire des traditions du XIVe siècle. Poursuivez votre lecture pour en savoir plus sur l’amour de Benoit pour les manuscrits historiques, sur la façon dont son héritage personnel guide son travail et comment le remplacement des gouttières chez lui l’a incité à essayer une nouvelle technique !

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Où avez-vous grandi et qu'est-ce qui a suscité votre intérêt pour les lettres ? Vous dites que vous avez découvert la calligraphie par hasard, alors j'aimerais en savoir plus sur cette expérience . Qu'est-ce qui vous a amené à cet atelier ?

Je suis breton (la région la plus à l’ouest de la France) et comme tel, très imprégné de culture celte. Je désirais apprendre à dessiner les entrelacs qui font partie de mon patrimoine. J’ai eu la chance de suivre un atelier consacré à l’écriture insulaire et à la décoration qui y est associée. À ce moment-là, je ne connaissais pas le terme « calligraphie ». Pendant une semaine, on m’a donné une plume et contraint à faire des lignes et seuls les deux derniers jours de l’atelier ont été consacrés au sujet qui avait motivé mon inscription. Ce fut une révélation : j’en suis sorti avec une passion pour les écritures historiques et manuscrites, une bonne connaissance des techniques d’entrelacs et un lumbago atroce, car les tables étaient trop basses.

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Quelle a été la première écriture que vous avez apprise et quelles sont celles qui vous intéressent le plus aujourd'hui ?

J’ai commencé par la semi-onciale irlandaise (pas la plus facile), puis je suis revenu à un cursus plus classique : onciale, carolingienne, chancelière, gothique,s, etc. Je n’ai pas vraiment de script de prédilection, j’aime les écritures plastiques, celles qui offrent plusieurs formes pour chaque lettre, celles qui proposent de nombreuses ligatures. La lisibilité n’est pas un critère prépondérant dans ma pratique et j’essaie à chaque composition de trouver le script qui résonne avec le texte. Il me serait impossible de travailler un texte de Nietzsche en insulaire ou, a contrario, un cantique breton en gothique.

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Quels enseignants ont eu la plus grande influence sur votre travail et pourquoi ?

Amanda et Keith Adams. ls m’ont appris quasiment tout ce que je sais. J’ai étudié presque exclusivement avec eux et ils m’ont montré comment prendre du recul sur mon travail, à ne pas me fier aux modèles contemporains, mais toujours me confronter aux manuscrits originaux. Ce sont d’excellents pédagogues avec une grande exigence, qui ne souhaitent pas transmettre leur style, mais rendre leurs élèves autonomes. J’essaie d’agir de même dans les cours que je donne à présent.

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Où créez-vous et comment avez-vous organisé votre atelier ? Quel est votre meilleur moment de la journée pour travailler et avez-vous des routines ou des rituels particuliers avant de commencer ?

J’ai la chance de disposer d’un atelier de 30 m² avec un bureau et une grande table pour tous mes travaux sur papier. Et j’ai un autre espace un peu plus petit où je pratique les travaux qui génèrent plus de déchets comme la gravure sur pierre, sur bois ou sur métal. Je n’ai pas vraiment de période privilégiée de travail, je peux me réveiller à 4 h du matin et aller directement dans l’atelier, car j’ai eu une idée qu’il me faut absolument tester ou je peux me mettre à mon bureau en début d’après-midi et y rester jusqu’à minuit, car je ne veux pas perdre le rythme de la composition en cours. Je passe toujours par une phase d’échauffement qui dure entre 30 minutes et 1 heure, juste à faire des lignes, pour entrer dans l’esprit du script avant de me lancer sur un vrai travail.

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Depuis combien de temps avez-vous fait la gravure et qu'est-ce qui vous plaît le plus dans cette technique ?

J'ai commencé à graver il y a sept ans. Pour être vraiment exact, au début, il ne s'agissait pas de gravure, mais de « etching » (en français, nous avons utilisé le même mot même si les deux n'ont rien à faire ensemble d'un point de vue technique).

L'idée m'est venue après le remplacement d'une gouttière sur ma maison. Il était fait de zinc et l’époque créait de si belles couleurs et textures que je devais en faire quelque chose. Je l'ai aplati, coupé en morceaux et j'ai commencé à essayer différentes techniques d’etching. Tous mes travaux sur le métal sont gravés, utilisant de l'acide ou de l'électro-extraction. J'aime le métal et quand tu travailles sur du papier ou du velum depuis des années, c'est un plaisir d'expérimenter d'autres matériaux. Et, comme j'adore le bricolage, j'ai continué d'essayer d'autres supports, en commençant par des coquilles de palourdes, puis des cailloux (trouvés près des coquilles) pour finir avec du granit (un peu plus loin sur le rivage) et d'autres pierres.

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Quels sont les trois outils les plus essentiels pour votre pratique de la calligraphie ?

Les plumes métalliques (je privilégie les Brause pour l’écriture), les pinceaux plats pour des grands formats et le couteau à beurre pour la gravure sur ardoise (j’avoue que je l’ai retaillé pour en faire un genre de petit burin).

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Vous dites que vous avez une faiblesse pour les entrelacs et les filigranes du nouage celtique. Qu'est-ce qui vous attire le plus à propos de ce type de travail avec la plume ?

Je ne sais pas dessiner, je suis incapable de réaliser des enluminures avec des personnages, le moindre drapé de vêtement me donne des cauchemars. Les entrelacs, comme les filigranes, reposent sur des motifs simples, faciles à déconstruire et à reproduire avec un esprit presque mathématique. C’est en fait une solution de facilité et qui permet, avec peu de technique (mais beaucoup de travail d’étude des manuscrits médiévaux), de créer des infinités de motifs.

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Pourriez-vous partager un peu le développement de votre classe « Filigranes et tourneures de la période gothique » ? Qu'est-ce qui vous a inspiré pour créer ce cours et comment décririez-vous votre style d'enseignement ?

J’ai commencé à étudier les filigranes il y a presque 20 ans. À partir d’éléments très simples, on peut créer une variété extraordinaire de motifs. Je donne régulièrement des cours sur le sujet et je suis toujours un peu frustré, car je n’ai pas le temps de partager tout ce que j’ai pu apprendre en étudiant les manuscrits. J’espère que le temps imparti à ce cours permettra de transmettre non seulement les éléments de décoration, mais aussi les multiples formes d’initiales (je crois avoir déjà dit que la variété des tracés dans un même style est quelque chose que je trouve extrêmement réjouissant).

Entre le XIIe et le XVe siècle, les modèles, les couleurs et occurrences ont évolué, sans mentionner les différences entre régions à la même période. C’est un corpus infiniment riche qui peut, de surcroît, aider à la datation des manuscrits.

Mon objectif, quand j’enseigne, est que chaque participant puisse s’approprier le sujet, je ne laisse personne au bord de la route. En décomposant les constructions jusqu’à leurs traits les plus simples, tout le monde peut accéder à un réel savoir-faire. La beauté et la finesse des réalisations dépendent ensuite du travail de chacun. Je n’apprends rien à personne en disant que la calligraphie et les disciplines qui y sont liées sont une école de patience.

Pour terminer, comme nous sommes au XXIe siècle, je propose aussi aux participants d’innover et, en utilisant les techniques médiévales, de créer des lettrines, des monogrammes ou de simples motifs qui ne sont pas de simples copies, mais de réelles créations contemporaines. J’introduis également la technique de gaufrage.

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Comment décririez-vous la communauté de calligraphie en France ? Que signifie la communauté pour vous dans le contexte de la calligraphie ?

Je ne fais pas vraiment partie d’une communauté. Par crainte d’être trop influencé par les travaux de mes contemporains, je reste la plupart du temps dans mon atelier. Il est facile de s’approprier le style d’un enseignant quand on a suivi des cours réguliers avec lui ou elle. Mais cela ne mène souvent qu’à faire la même chose en moins bien. Je pense qu’il faut travailler seul une fois qu’on a acquis les outils pour ce faire, afin de développer son propre style. Dans cette perspective, pour moi la communauté signifie échanger sur les techniques, se regrouper pour des expositions ou des conférences, mais le véritable travail se fait dans la solitude de son atelier.

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En dehors de la calligraphie, quels sont certains de vos autres intérêts et passe-temps ? Qu'est-ce que les gens pourraient apprendre de vous qu pourrait les surprendre ?

Je jardine, j’ai fabriqué deux serres où je fais pousser mes légumes, j’ai un potager qui produit de plus en plus de plantes comestibles, mais aussi de fleurs et qui propose des habitats favorisant la biodiversité (hôtels à insectes, nichoirs à oiseaux…). Autrement dit, je suis quelque peu impliqué dans l’écologie et donc aussi dans le recyclage (y compris pour les matériaux de certaines de mes compositions sur métal ou sur bois). Quand je ne calligraphie pas, je marche beaucoup, et j’en profite pour regarder autour de moi et prendre des photos dont beaucoup de textures urbaines et clichés à caractère minimalistes. Enfin, ma formation initiale était l’informatique et je continue à développer quelques sites et outils (comme le générateur d’entrelacs accessible sur mon site.).

Benoit Furet

France
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