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A Conversation with Canadian Artist and Calligrapher Lorna Mulligan

Alors que notre série d’entrevues avec les enseignants parcourt le monde, nous sommes heureux de rentrer chez nous pour parler à l’artiste montréalaise Lorna Mulligan! Diplômée des beaux-arts de l'Université de la Colombie-Britannique, Lorna enseigne l'aquarelle, la calligraphie et bien plus au Centre des arts visuels et au Dawson College. Elle a siégé au conseil d'administration de La Société des calligraphes de Montréalpendant de nombreuses années. Son travail a été présenté dans Letter Arts Review et Bound & Lettered, ainsi que dans une grande variété d'expositions au Canada et en Europe. Avec le collectif Les Calmars, elle a publié le livre Dans l’encre du temps l’année dernière. Poursuivez votre lecture pour en apprendre davantage sur son parcours artistique et sur la façon dont elle intègre le texte et l'image.

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Où avez-vous grandi et qu'est-ce qui est venu en premier : votre intérêt pour l’aquarelle ou les lettres ?

J’ai grandi à Vancouver, sur la côte Ouest de Canada et j’ai toujours fait de l’art. Ma formation est en arts plastiques, principalement en peinture, dessin et aussi en graphisme (j’ai travaillé comme graphiste pour soutenir ma pratique artistique). Dès le début, quelques aspects du design éditorial ont influencé mes tableaux avec l’intégration du texte, ainsi que le fait que je produis souvent en série. Pendant plusieurs années mes lettres dessinées et ma calligraphie étaient influencées par mes connaissances de la typographie.

J’ai déménagé à Montréal au début des années 90 et c’est autour de ce moment que j’ai vraiment considéré l’aquarelle comme médium et que j’ai décidé d’apprendre la calligraphie traditionnelle. L’océan Pacifique m’a énormément manqué, donc j’ai décidé de visiter la côte Est des provinces maritimes assez souvent pour avoir ma dose d’air salin, regarder vers l’horizon bleu et nager dans les eaux froides de l’Atlantique. Mes aquarelles et mes outils de calligraphie sont toujours avec moi pendant ces voyages.

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Quelle a été la première écriture que vous avez apprise et quelles sont celles qui vous intéressent le plus aujourd'hui ?

Le premier style que j’ai appris est l’Italique. J’ai fait une série de grands tableaux intituléSix Scottish Womenà la fin des années 80. À partir de bijoux et de broches d’héritage que ma mère m’a donnés, des anecdotes inventées et d’histoires réelles, j’ai fabriqué ces peintures « faux documents » autour de six femmes. Faire la partie calligraphique sur chacune a été un plaisir pour moi et, à ce moment-là, j’ai décidé d’apprendre la calligraphie comme il faut avec un professionnel. À Montréal, j’ai étudié avec Yannick Durand, qui a été formée au Scriptorium de Toulouse, avec Bernard Arin. Elle a insisté pour que je commence avec l’Italique, même si je voulais sauter directement à l’Onciale. J’apprécie maintenant son conseil, car j’adore les nombreuses variations élégantes de ce style et je l’utilise encore souvent.

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Quels enseignants ont eu la plus grande influence sur votre travail et pourquoi ?

Je crois que c’est toujours important d’intégrer ce que j’apprends d’un professeur dans mes propres préoccupations artistiques. Mon art s’appuie principalement sur les interactions de la peinture de paysages, l’abstraction et les textes écrits, ce croisement entre la calligraphie et les arts plastiques.

L’enseignement de Yannick m’a mis sur la bonne piste et je lui en suis reconnaissante. Depuis son décès, j’ai pris des ateliers avec plusieurs calligraphes et j’ai beaucoup appris de ceux qui ont tendance à réfléchir profondément sur les mots et leur signification, et non juste aux aspects techniques de la calligraphie. J’ai aimé étudier avec Thomas Ingmire, Yves Leterme, Brody Neuenschwander et Ewan Clayton, juste pour en nommer quelques-uns.

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Où créez-vous et comment avez-vous organisé votre atelier ? Quel est votre meilleur moment de la journée pour travailler et avez-vous des routines ou des rituels particuliers avant de commencer ?

J’ai un petit (mais bordélique) bureau à la maison pour ma planification des cours, mais la plupart de mon travail se fait à l’atelier que je partage avec deux autres artistes. J’adore être dans cet espace, et même si j’enseigne plusieurs classes d’art, j’y passe deux ou trois jours par semaine. Parfois, je suis très active (et épuisée à la fin de deux heures de création) et d’autres fois, j’y vais juste pour m’asseoir et réfléchir. Le matin est le meilleur moment pour moi. Après une marche rapide (et avec un café en main), j’arrive à l’atelier et je mets de la musique.

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Quels sont les trois outils les plus essentiels pour votre pratique de la calligraphie ?

Le pinceau… toujours un pinceau quelconque. Je travaille beaucoup avec les pinceaux d’aquarelle (de très bonne qualité, en poil de martre) et des bons pinceaux chinois. J’aime beaucoup les pigments, l’aquarelle et les riches noirs de l’encre. J’utilise aussi les vieux pinceaux abîmés de quincaillerie, les bâtons et les outils trouvés pour leur capacité de faire des marques expressives. Par rapport aux outils de calligraphie traditionnel, ce sera la plume pointue et le tire-ligne.

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Quel a été l’un de vos plus importants contrats ou projets et pourquoi ?

Je ne me considère pas comme une calligraphe traditionnelle, donc je n’ai pas fait beaucoup de contrats. Bien que j’aie réalisé quelques travaux remarquables, entre-autres des textes pour les tatouages, le design d’une pierre tombale et des livres commémoratifs. Mon temps est plus consacré à l’enseignement des arts plastiques, ma propre pratique artistique et la préparation de mes peintures et œuvres calligraphiques.

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En tant qu’artiste, quelle est votre démarche pour incorporer du texte et des images expressives ? La composition est-elle généralement planifiée ou avez-vous des pièces « en attente » lorsque le moment est venu d’ajouter des lettres ?

En fonction du projet, ça peut varier beaucoup, mais c’est souvent le texte qui mène vers une exploration visuelle, et à d’autres moments, tout est développé ensemble pendant le processus créatif. Parfois, c’est le texte qui arrive à la fin. Quand le texte et l’image sont entrelacés, cela peut demander beaucoup de réflexion, de planification et des études de composition. Je trouve que de produire en série me donne la liberté d’essayer différentes options, de combiner les textes et le visuel d’un manière plus spontanée et gestuelle. Je fais toujours de mini croquis ou thumbnail sketches ainsi que des esquisses plus détaillées avant de commencer. Évidemment, comme peintre, j’ai des multitudes de fonds colorés qui attendent le texte propice pour les terminer. La question à ce moment-là est toujours : quels mots, en quel écriture ?

Récemment, un de mes livres d’artiste a été accepté dans l’expo Art of the Book 2018, une exposition internationale du livre d’art et qui sera en tournée dans tout le Canada pendant un an et demi. En fait, ça m’a pris ce temps pour réaliser ce livre ! A View from the Treetopsa été inspiré d’un extrait de l’essai de Thoreau, Walking, et j’ai vraiment pris le temps nécessaire de mettre tous les aspects du livre ensemble comme il faut – les dessins sont en encre noire, faits avec des outils calligraphiques et de branches ; le texte est disposé discrètement sur chaque page et certaines de ces pages sont teintées de verts vifs et de mauves profonds.

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Pourriez-vous partager avec nous le développement de votre cours «Lâcher prise avec la calligraphie et la peinture – quand le chaos rencontre la composition » ? Quelles connaissances et compétences les élèves acquerront-ils après avoir participé et comment décririez-vous votre style d'enseignement ?

Je suis une enseignante bien organisée qui aime aussi l’expérimentation, alors mes classes sont souvent structurées, mais avec de la liberté, ce qui permet aux élèves de sortir de leur zone de confort avec des conseils et d’avoir du plaisir pendant ce processus. La composition est primordiale et on va l’apprécier autant dans la spontanéité que la réflexion. Les élèves auront plus confiance en leur capacité de mettre ensemble différents aspects visuels dans leurs pièces calligraphiques – cet art délicat réunissant le texte écrit, la ligne, la couleur, le mouvement et la composition.

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Comment décririez-vous la communauté de calligraphie à Montréal ? Que signifie la communauté pour vous dans le contexte de la calligraphie ?

La ville de Montréal possède une communauté engagée avec La Société des calligraphes de Montréal, notre association locale. En matière de communauté calligraphique, j’ai eu l’immense plaisir de faire partie d’un groupe collectif, Les Calmars, et ce, pendant les douze ans de son existence. Ce petit groupe de huit calligraphes s’est rencontré chaque semaine pour travailler la calligraphie contemporaine et l’exploration des lettres. On a pratiqué la calligraphie traditionnelle ainsi que plus expérimentale, on a échangé des idées et critiqué nos œuvres. À tour de rôle, nous dirigions le groupe en exploration créative, et souvent, on a fait des pièces collectives. J’ai écrit un article dans Bound and Lettered sur le sujet après la publication de notre livre, Dans l'encre du temps, qui célèbre notre travail et le temps passé ensemble.

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En dehors de la calligraphie, quels sont certains de vos intérêts et passe-temps ? Qu'est-ce que les gens pourraient apprendre de vous et qui pourrait les surprendre ?

J’aime beaucoup voyager, surtout au bord de la mer, marcher et faire de la randonnée, cuisiner et manger de la bonne bouffe, prendre un petit verre de whisky, écouter de la musique et… danser. J’aime danser !

Lorna Mulligan

Canada
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